Essentiel C59 Dépister ! Intercepter !

Responsable de séance Marie Medio – Conférencier Thomas Marquillier

L’interception orthodontique regroupe le dépistage précoce et la mise en place de différentes thérapeutiques permettant de limiter l’installation d’une dysmorphose et/ou d’une dysfonction, en accompagnant la croissance de l’enfant. Plusieurs auteurs ont souligné la nécessité de mettre en place des traitements précoces.

Il a été mis en évidence qu’une part non négligeable d’enfants (12,5%) présentent des malocclusions tardives qu’un traitement interceptif aurait pu prévenir (1). Certaines dysfonctions, comme la succion non nutritive, persistant après 7ans, peuvent altérer la croissance alvéolaire. Aussi, il a été montré que la perte prématurée de dents temporaires peut être responsable du développement de malocclusions. Enfin, il est désormais admis que les traitements des dysmorphoses du sens transversal ont un meilleur taux de réussite lorsqu’ils sont initiés en denture mixte (2).

Le dépistage des anomalies dento-squelettiques et fonctionnelles relèvent du rôle de l’omnipraticien ou du chirurgien-dentiste pédiatrique. Ces derniers constituent les premiers maillons incontournables d’une prise en charge précoce ; ils orientent vers un orthodontiste ou initient un traitement précoce dans la limite de leurs compétences. Les premiers bilans bucco-dentaire (à 3 ans et à 6 ans) constituent ainsi des moments clés pour dépister et intercepter. L’absence de prise en compte précoce de ces anomalies constituerait une perte de chance pour le patient.

La Haute Autorité de Santé (HAS) recommande de centrer l’interception sur : la suppression des dysfonctions et parafonctions, la correction des occlusions inversées, le maintien de l’espace, la suppression des interférences occlusales et la correction des béances ou supraclusions (3). L’interception précoce consiste en une mise en place de thérapeutiques simples et adaptées au développement de l’enfant, dans un temps limité et avec peu de contraintes pour le jeune patient.

Pour une même malocclusion, il est possible d’avoir différents dispositifs qui peuvent être amovibles ou fixes. Comme par exemple pour un déficit du sens transversal l’objectif va être de faire de l’expansion maxillaire. Le choix de l’appareil se fera selon l’âge, la motivation du patient, la quantité d’expansion souhaitée, mais également selon les malocclusions associées. Dans cette situation si l’endoalvéolie est associé à une rotation méso-palatine des molaires maxillaires, on préfèrera utiliser un quad hélix qui permettra de faire de l’expansion transversale et de déroter les molaires (Fig 1 ci-dessus et 2 Fig ci-contre)

  • Figure 1 : Traitement d’interception chez un patient en phase de constitution de la denture mixte ; l’expansion maxillaire a permis de corriger l’inversé d’articulé à gauche, de recentrer la mandibule et de permettre l’évolution de 12 et 22.
  • Figure 2 : Expansion maxillaire réalisée à l’aide d’un Quad hélix amovible sur bague de 16 et 26. 

Si, au contraire, l’endoalvéolie maxillaire est associée à un inversé d’articulé localisé sur une dent antérieure, il sera plus judicieux d’utiliser une plaque palatine à vérin médian avec un ressort pour pousser la dent du bon côté.

Certaines malocclusions, si elles ne sont pas interceptées peuvent avoir des conséquences très néfaste sur l’établissement de la denture adulte engendrant des problèmes squelettiques, dentaires et parodontales.

Un inversé d’articulé antérieur peut provoquer un traumatisme occlusal et entraîner une récession gingivale. L’absence de traitement orthodontique précoce a donc des conséquences esthétiques et fonctionnelles.

  • Figure 3 (ci-contre)  : Sourire Avant/après d’un jeune patient de 8 ans qui présentait une 21 en inversé d’articulé, qui a bénéficié d’un traitement d’interception avec une plaque palatine pendant 6 mois.

La correction d’un inversé d’articulé est simple, rapide, et est un vrai bénéfice pour nos jeunes patients.

En fonction de la situation clinique on peut se poser la question : Quand intervenir ? Faut il intercepter une malocclusion dès le plus jeune âge, mais le traitement risque de durer très longtemps et peut compromettre la coopération du patient ? Quand faut il débuter l’orthopédie et pendant combien de temps ?

Cette séance a pour objectif d’aider le praticien à identifier les facteurs interférant avec la croissance, tant sur le plan morphologique que fonctionnel.
De la littérature aux nombreux cas cliniques les conférenciers aborderont différents éléments comme les repères physiologiques chez l’enfant, les signes d’alerte, la prévention, ainsi que les différents traitements interceptifs au travers de nombreux cas cliniques.

Bibliographie

  1. de Mûelenaere KR. Possibilities for prevention of malocclusions in South African children. J Dent Assoc S Afr. 1997 Jan;52(1):9-14. PMID: 9462003.
  2. Kennedy DB, Osepchook M. Unilateral posterior crossbite with mandibular shift: a review. J Can Dent Assoc. 2005 Sep;71(8):569-73. PMID: 16202196.
  3. ANAES. Indications de l’orthopédie dento-faciale et dento-maxillo-faciale chez l’enfant et l’adolescent. 2002. https://www.has-sante.fr/upload/docs/application/pdf/orthodontie_recos.pdf
  4. Chabre C . Orthodontie interceptive.2019 Parresia
  5. Boileau Marie José, orthodontie de l’enfant et du jeune adulte, Tome 1, 2011, Elsevier Masson