Rendre les pratiques plus sûres : passons aux actes

Franck Renouard, Emmanuelle Ettegui, Florence Roussarie, Guillaume Heller et Franck Laigneau.

Tous les praticiens, quel que soit leur niveau d’expérience, doivent faire face à des complications ou à des situations non contrôlées.

La première approche pour les éviter est d’améliorer ou d’affiner ses propres connaissances théoriques ainsi que celle de l’équipe. Cependant, la plupart du temps, les complications ne se produisent pas par manque de connaissances, mais plutôt par la non utilisation des connaissances au bon moment. Cette découverte a été faite dans l’aviation quand les analyses d’accidents ont montré que des pilotes professionnels très bien formés – qui n’avaient pas le projet de mourir – étaient capables de se tromper ou de prendre des décisions absurdes. La notion de Facteurs Humains est née en s’intéressant au comportement des personnes dans leur environnement et aux compétences dites « non techniques ».

Les chirurgiens dentistes ne sont pas en reste quand il s’agit d’évoquer des métiers difficiles, pratiqués dans un environnement stressant. De nombreux facteurs impactent la qualité des soins : le stress, la fatigue, la pression temporelle, la gestion des équipes, la relation avec les patients etc.

L’histoire suivante pose bien le problème.

Un praticien doit faire une extraction de deux dents infectées sous anesthésie locale sur un patient qui fait de fortes réactions lors d’injection d’adrénaline. Cette spécificité est bien notée dans le dossier et le praticien à cette information en tête quand il rentre dans la salle de soin.

Il est un peu stressé car il sait que le fait de ne pas mettre d’adrénaline risque d’augmenter le saignement et de réduire la durée d’efficacité de l’anesthésie. De plus le patient est du style autoritaire et n’est pas facile à soigner, ce qui augmente encore la pression. Au moment de commencer le soin, la secrétaire vient pour annoncer que la patiente à qui il a extrait une dent la veille a téléphoné. Elle a saigné un peu pendant la nuit et est très inquiète, elle veut absolument passer aujourd’hui. Le praticien se remémore la patiente, elle aussi très compliquée à soigner.

Il discute avec sa secrétaire en lui disant que ce n’est pas la peine de la faire passer puisque cela ne saigne plus… mais la secrétaire se fait la messagère de la patiente. Cela dure quelques minutes. Énervé, le praticien accepte de la voir entre deux rendez vous dans son programme déjà chargé.
Il va vers le fauteuil, prend une carpule toujours en pensant à cette « soit disant » urgence. L’assistante grommelle quelques mots inaudibles ce qui énerve encore plus le praticien qui injecte une carpule avec adrénaline.

Cette histoire est banale, et la première réflexion serait de dire : ce n’était pas difficile, il n’avait qu’à faire plus attention !

Ce type de réaction est commode et permet de désigner un coupable rapidement sans se poser trop de questions, avec la certitude que cela ne peut pas nous arriver ! Mais au contraire, cela peut arriver à tout le monde et si ce praticien ne change rien dans sa pratique il pourra refaire la même erreur !

Lors de la séance nous allons décortiquer cette histoire (ainsi que beaucoup d’autres) pour rechercher la cause profonde de la majorité de nos complications. Nous évoquerons les impacts du stress sur la prise de décision, les conséquences de l’interruption de tâche, du gradient d’autorité trop fort, d’une mauvaise communication, l’impact d’un gradient d’autorité trop fort sur la sécurité des soins et bien d’autres points qui sont à l’origine de ces évènements indésirables. Les participants apprendront à chercher et trouver les causes profondes des complications.

Une fois le diagnostic posé, il est nécessaire de trouver les outils pour éviter ou limiter ce type de problème, qui représente en réalité la grande majorité des complications rencontrées par toutes les professions médicales y compris les chirurgiens dentistes. Il est aujourd’hui bien établi qu’au moins 80 % des complications médicales et dentaires sont liées au Facteurs Humains et Organisationnel.

Le but de la séance, qui se décomposera en une succession de petites interventions, sera de décortiquer la raison de l’erreur et ensuite de proposer toute une série d’outils pour les prévenir. Par définition, ces outils doivent être simples à comprendre et simples à utiliser par tous les membres de l’équipe y compris des personnes novices : la communication sécurisée, les check-lists, le contrôle croisé, le cockpit stérile, le « pré job briefing », le briefing et le débriefing et d’autres outils seront décrits et placés dans le contexte d’un cabinet dentaire. La notion d’équipe sera discutée en insistant sur l’importance du leadership.

La séance sera interactive. Les participants seront invités à témoigner de leur expérience. Les conférencières et conférenciers ont toutes et tous des connaissances poussées sur les Facteurs Humains et Organisationnels et pourront témoigner de leur application et bénéfice dans la vie réelle.