L’Essentiel / séance pluridisciplinaire

La couleur : mieux comprendre et s’équiper pour éviter les échecs !

Samedi 28 novembre – 11h-12h
Responsable scientifique : Mickael Griet
Conférenciers : Romain Ceinos

En dentisterie esthétique, l’objectif ne consiste pas seulement à restaurer une dent, mais à la rendre imperceptible. Une restauration techniquement irréprochable en terme d’ajustage et de morphologie peut néanmoins être perçue comme un échec si sa couleur ne lui permet pas de s’intégrer naturellement au sourire du patient. Au-delà de la qualité du geste clinique ou de la précision de la restauration, le succès repose sur un équilibre subtil : la maîtrise de la couleur.
Mais de quelle couleur parle-t-on réellement ? Contrairement aux idées reçues, la couleur d’une dent ne se résume pas au choix d’une référence de « teinte ». Elle résulte de l’interaction de nombreux paramètres optiques (luminosité, saturation, teinte, translucidité, opalescence, fluorescence ou encore texture de surface) auxquels s’ajoutent les effets de l’éclairage, de l’environnement visuel et de la perception humaine. Cette complexité explique qu’une même dent puisse être perçue différemment selon les conditions d’observation.
Pour appréhender cette richesse optique, l’analyse de la couleur s’appuie d’abord sur la chromaticité associée à la luminosité, cette dernière constituant le paramètre perceptuel le plus déterminant dans l’intégration esthétique d’une restauration. La triade Luminosité-Saturation-Teinte représente ainsi le socle de l’analyse colorimétrique, avant d’être complétée par l’évaluation de caractéristiques optiques plus fines. Les méthodes instrumentales permettent aujourd’hui d’objectiver cette analyse, d’en améliorer la reproductibilité et d’en faciliter la communication entre le cabinet et le laboratoire [1].

Longtemps, le choix de la couleur s’est appuyé presque exclusivement sur l’observation visuelle et les teintiers conventionnels. Bien qu’ils demeurent des outils incontournables, ces derniers présentent des limites liées à la subjectivité de l’observateur et aux nombreuses variables susceptibles d’influencer la perception. Les méthodes instrumentales et les protocoles numériques ont démontré une meilleure reproductibilité dans la détermination de la couleur, grâce à des systèmes de mesure objectifs et à des paramètres colorimétriques standardisés [2]. Les approximations imputables aux teintiers expliquent une partie des difficultés rencontrées au quotidien : restaurations insuffisamment intégrées, multiples essayages ou encore incompréhensions entre le cabinet et le laboratoire. La sélection de la couleur ne doit donc plus être considérée comme une étape mineure à nos thérapeutiques, mais comme un véritable processus d’analyse et de communication des données optiques. Il s’agit de mieux comprendre et de s’équiper en conséquence pour éviter les échecs !

Les évolutions récentes offrent désormais au praticien de nouvelles solutions pour objectiver cette étape essentielle [Figure 1]. Spectrophotomètres, colorimètres, photographie calibrée et protocoles numériques permettent aujourd’hui d’enregistrer des données reproductibles et de transmettre au laboratoire des informations plus précises [3]. Ces outils ne remplacent pas le regard du clinicien, ils lui apportent des repères objectifs qui sécurisent sa démarche clinique.
La photographie calibrée occupe une place croissante dans cette évolution. Des protocoles tels que l’eLAB Prime® ou bien encore l’utilisation du logiciel Colorisse® proposent une approche structurée de la gestion numérique de la couleur, associant photographie standardisée, calibration et communication optimisée avec le laboratoire afin de faciliter la reproduction esthétique des restaurations [4].
Cette approche prend tout son sens dans les restaurations antérieures complexes, où la réussite ne dépend pas uniquement de la teinte dominante mais également de la reproduction des caractéristiques optiques propres à chaque dent : gradients de luminosité, effets de translucidité, opalescence et fluorescence. Les protocoles numériques appliqués à la restauration d’une incisive centrale illustrent aujourd’hui la possibilité d’améliorer la précision du transfert des informations entre clinique et laboratoire [Figure 2-6] [5].

Cette séance proposera une approche résolument pratique de ces nouvelles méthodes. À travers des situations cliniques concrètes, les intervenants expliqueront comment analyser la couleur dentaire, choisir la méthode de relevé la plus adaptée, éviter les erreurs les plus fréquentes et transmettre au laboratoire toutes les informations nécessaires à la réalisation d’une restauration biomimétique.
Une attention particulière sera portée à la communication entre le praticien et le prothésiste. Car mesurer correctement la couleur ne suffit pas : encore faut-il savoir la transmettre. Les participants découvriront comment structurer cette communication grâce à des protocoles standardisés, en intégrant non seulement la couleur de la dent à reproduire, mais également les caractéristiques du substrat, les propriétés optiques des biomatériaux et les éléments indispensables à une reproduction fidèle.
Enfin, cette séance sera également l’occasion de faire le point sur les technologies émergentes, notamment les scanners intra-oraux. Si ces outils ouvrent des perspectives prometteuses, il est essentiel d’en connaître les limites et le niveau de validation scientifique. L’objectif sera d’aider les praticiens à distinguer les véritables avancées technologiques des effets d’annonce, afin d’intégrer dans leur pratique des solutions réellement fiables et reproductibles [6].

Au terme de cette séance, chaque praticien disposera de clés concrètes pour mieux comprendre les mécanismes de la couleur, sélectionner les outils réellement utiles à son exercice, renforcer le dialogue avec son laboratoire et améliorer la prévisibilité de ses restaurations esthétiques.
« La couleur n’est pas un secret d’artiste. C’est un savoir de clinicien. » [7]

Références bibliographiques
1- Pecho OE, Pérez MM, Ghinea R, Della Bona A. Lightness, chroma and hue differences on visual shade matching. Dent Mater. 2016 Nov;32(11):1362-1373.
2- Morsy N, Holiel AA. Color difference for shade determination with visual and instrumental methods: a systematic review and meta-analysis. Syst Rev. 2023 Jun 8;12(1):95.3. Rashid F, Farook TH, Dudley J. Digital Shade Matching in Dentistry: A Systematic Review. Dentistry Journal (Basel). 2023;11(11):250.
3- Chu SJ, Trushkowsky RD, Paravina RD. Dental color matching instruments and systems. Review of clinical and research aspects. J Dent. 2010;38 Suppl 2:e2-16.
4- Hein S, Tapia J, Bazos P. eLABor_aid: a new approach 
to digital shade management. Int J Esthet Dent. 2017;12(2):186-202.
5- Cone MR, Choi J, Awdaljan M. Optimized digital shade calibration technology for the restoration of a single central incisor. J Prosthet Dent. 2022 Jul;128(1):1-3.
6- Vitai V, Németh A, Teutsch B, Kelemen K, Fazekas A, Hegyi P, Németh O, Kerémi B, Borbély J. Color Comparison Between Intraoral Scanner and Spectrophotometer Shade Matching: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Esthet Restor Dent. 2025 Feb;37(2):361-377.
7- Ceinos R et al. La couleur tout simplement. Espace ID 2025.

Figure 1 : Les méthodes subjectives de détermination de la couleur, fondées notamment sur l’utilisation des teintiers conventionnels, ne sont pas obsolètes. Elles présentent plusieurs avantages cliniques tels que leur simplicité d’utilisation, leur accessibilité, leur faible coût et la possibilité d’impliquer activement le patient dans le choix esthétique. Toutefois, leur fiabilité et leur reproductibilité restent limitées par les facteurs inhérents à la perception visuelle humaine, comparativement aux méthodes objectives instrumentales et numériques.

Figure 2 : Situation initiale d’une fracture de l’incisive centrale maxillaire droite (11) sur dent dépulpée.

Figure 3 : Enregistrement de la couleur du substrat dentaire à l’aide du teintier Natural Die Material (Ivoclar) avant la réalisation d’une restauration indirecte. Photographie polarisée calibrée utilisant une charte de gris eLAB (Bioemulation) permettant une analyse numérique de la couleur et une transmission standardisée des informations au laboratoire.

Figure 4 : La collecte des informations colorimétriques doit être réalisée avant toute intervention susceptible d’altérer la perception de la couleur dentaire, notamment avant la préparation, la prise d’empreinte ou tout autre geste opératoire. La déshydratation des tissus dentaires consécutive aux procédures cliniques peut en effet modifier temporairement les propriétés optiques de la dent et conduire à une évaluation chromatique biaisée.

Figure 5 : Élément corono-périphérique unitaire prenant en compte le degré de luminosité et de chromaticité dictée par les outils numérique ainsi que les dimensions colorimétriques secondaires (opalescence, translucidité, caractérisations, texture…) (M Griet, Laboratoire Prot).

Figure 6 : Comparaison avant/après d’une restauration antérieure réalisée avec une approche numérique calibrée de la couleur, permettant une intégration optique répondant aux critères actuels de correspondance colorimétrique (ΔE < 0,8).

La couleur : mieux comprendre et s’équiper pour éviter les échecs ! 

Séance L’Essentiel E118
Samedi 28 novembre – 11h-12h

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